0 Foot us en Inde : mythe ou réalité ?


Vous êtes maintenant au courant, l’Inde démarre l’aventure du foot us avec le lancement d’un championnat professionnel  en novembre : l’ EFLI (Elite Football League of India). Un véritable coup de tonnerre car il s’agit bien d’une ligue pro dans le pays le plus peuplé du monde après la Chine. Ce sera la première expérience de ce type pour un pays dit «émergeant » qui n’a jamais pratiqué ce sport. Autant vous dire qu’elle aura valeur de test sur d’autres continents, on pense bien sûr à la Chine mais surtout au dernier grand bastion à conquérir : l’Afrique.

Mais que se cache t-'il derrière ce projet ambitieux voire délirant diront les détracteurs ? Est-ce vraiment sérieux ou est-ce la divagation d’une poignée d’illuminés ? Sans parti pris particulier, je vais tenter de vous apporter quelques éléments de réflexion. D’abord sur la genèse de ce projet et les gens qui la composent pour ensuite examiner si ce sport a réellement une place à prendre dans ce pays-continent.

Rick Whelan, le président de l'EFLI et Sunday Zeller
En faisant quelques recherches sur Internet, on arrive assez facilement à retracer la naissance de ce projet. En vérité, c’est assez nébuleux aussi bien sur le pedigree des fondateurs que sur leur motivation profonde. Si on se fie à la version officielle, ce serait une certaine Sunday Zeller, ex-femme d’un homme d’affaire américain Rick Whelan, qui aurait subitement eu l’idée. Je vous livre ses propos, doux mélange de prétention et de naïveté : « Vous pouvez ouvrir pratiquement n'importe quoi là-bas et ce serait une réussite »,  « Nous étions en voiture à travers Bombay en essayant de déterminer qu’elle serait la meilleure entreprise à mettre en place et j'ai vu quelque chose qui ressemblait à un stade et j'ai pensé que vous savez quoi : ils ont besoin de football ? Nous nous sommes assis là pendant une minute et je me demandais si quelqu'un d'autre avait eu l'idée. Quand nous avons fait nos recherches et découvert qu'il n'y avait pas de ligues et pas le football américain, mon cœur a commencé à frapper avec enthousiasme. » Et pourquoi pas du Lacrosse ou du Football Australien dans ce cas ? Mais bon, admettons ! Après tout, on ne va pas s’en plaindre c’est notre sport qui décroche la timbale et c’est vrai qu’il est largement plus médiatique que d’autres au niveau mondial, grâce à la NFL. C’est aussi un argument choc que l’on retrouve à souhait sur le site de l’EFLI. Et puis si elle a de l’argent à dépenser autant que ce soit pour le foot us.
Sauf que quand on fait des recherches sur Internet, on ne trouve nulle part de trace de ce couple dans le monde de la réussite entrepreneuriale ou des personnalités fortunées. Mais bon, admettons à nouveau, d’autant qu’ils n’apportent qu’une mise de départ et auraient réussi à dégoter des investisseurs pour combler le reste. Ils ont même réussi à convaincre des célébrités médiatiques et sportives, comme Mark Wahlberg ou Kurt Warner, pour se porter caution morale. Il faut signaler que le couple aurait déjà mis autrefois ses billes dans une franchise ARENA aux USA, les Orlando Predators, sans que l’on ait vraiment plus de détails.


On ne va pas faire nos trouble-fête ou nos rabat-joie plus encore. Contentons-nous de juger un arbre à ses fruits et admettre que le projet a pleinement réussi à prendre forme. Mieux, on doit bien admettre qu’il a été intelligemment pensé et cela à travers deux idées principales : 1/ Ne pas faire une ligue sous transfusion avec une légion de mercenaires étrangers, le choix ne s’étant porté que sur des joueurs scoutés sur place et formés pendant un an de pre-saison. Eviter de faire l'erreur de la NFLE. 2/ Choisir tout de suite le professionnalisme afin d’obtenir un maximum d’investissement personnel pour un sport qui demande un peu plus de métier par sa connaissance et sa pratique que certains autres. Une façon aussi de redistribuer de la richesse dans un pays où la pauvreté fait toujours rage.
Je rajouterai une 3ième idée forte qui est celle d’avoir internationalisé les équipes en choisissant des franchises au Pakistan et au Sri Lanka. Mais là, je ne m’avancerai pas plus car il est bien difficile de dire si les tensions politiques et religieuses permanentes dans cette région ne risquent pas d’interférer malgré la bonne volonté des uns et des autres. Ce ne sera pas une première car il a déjà existé une ligue de cricket pro (Indian Cricket League) éphémère qui a réalisé cet exploit avec une équipe à Lahore au Pakistan et Dhaka au Bangladesh, sans que cela ne pose de problèmes particuliers.


6 équipes pour commencer dont 2 à l’étranger (Pakistan et Sri Lanka). Seules les grandes villes de Madras (6.2 M d’habitants) et Hamedabad (4.5 M d’habitants) n’ont pas encore leur équipe. Cela devrait suivre la saison prochaine ainsi que d’autres équipes au Sri Lanka et au Bangladesh. Ce sont des franchises à l’image de la NFL (ou la ligue pro indienne de Cricket) avec une vente au plus offrant pour des investisseurs privés (milliardaires et autres stars de Bollywood interessées).
La saison commence en Novembre 2012 et se termine en Février. Il est prévu 56 matchs de saison régulière suivis de play-off.

Sur l’aspect médiatique et marketing, on doit bien reconnaître que les choses ont été bien faites. Un site Internet très correct, des vidéos promotionnelles bien montées, des équipements aux petits oignons, des animations à l’américaine, des personnalités dans le public,… rien à redire. On reste même pantois d’apprendre que la ligue a signé des accords de diffusion avec une chaîne de sport, Ten Sport. Côté infrastructures, la ligue disposera de stades majeurs, une prouesse quand on sait que le rugby (ou d’autres sports qui tentent d’exister) n’ont droit à rien ! On l’a bien deviné, c’est l’argent qui est la force de ce projet et permet d’ouvrir toutes les portes.


Ce qui m’amène directement à me poser cette question : tout cela coûte combien ? Ce projet est-il viable à long terme ? A-t’on mis délibérément la charrue avant les bœufs pour tenter d’épater la galerie et faire mordre les futurs investisseurs à l’hameçon le plus vite possible ? A lire les propos des décideurs, l’avenir est déjà assurée. La ligue mise déjà sur 32 équipes à court terme : « Nous aimerions croire que la ligue va dépasser la NFL et de devenir un des plus grands championnat dans le monde »... un peu prétentieux tout de même ! En absence de chiffres concrets et d'objectifs fixés, on est bien en mal de se prononcer.

Alors évidemment, faute de données chiffrées, il nous reste le côté sportif pour tenter de se faire une opinion plus réaliste avec la grande question que vous vous posez tous : « Le foot us peut-il marcher là-bas ? ». Avec cette question sous-jacente : « D’autres sports bien plus réputés et reconnus n’y arrivent pas, alors pourquoi nous ? ».  On pense tout de suite au rugby pour faire le parallèle. C’est vrai que si les hindous avaient voulu s’intéresser à un sport collectif de contact, ils n’auraient pas attendu le foot us et se seraient déjà tournés vers le rugby, plus proche de leur histoire (ancienne colonie anglaise) et bien mieux installé au niveau mondiale. Il est plus facile pour un jeune hindou de se procurer un ballon de rugby (principal pays producteur de ballons de rugby avec le Pakistan) que des équipements de foot us. A cela je n’ai aucune réponse sérieuse à proposer. Le côté spectaculaire pour le public présent, le côté télégénique, le côté moins brutal et plus stratégique,… les responsables de l’EFLI ont dû mûrement réfléchir à tout cela avant de se lancer.


Une certitude, l’Inde est une véritable énigme question sport à l’image de ses maigres butins ramenés des Jeux Olympiques ainsi que dans tous les autres grands sports co (même en Cricket, ils n’ont été que deux fois champions du monde, autant que les West indies ! ! ). Il faut bien se rendre à l’évidence, l’Inde n’est pas un pays qui cherche à montrer quoi que ce soit au reste du monde. Ayant évité le communisme (à la différence de la Chine), ce pays est étranger à toutes notions d’impérialisme et d’hégémonie encore moins dans le sport. Ajoutez aussi l’absence totale de politique sportive à l’échelle nationale dans un pays sans aucune centralisation et vous avez un début d’explication. Ne vous faites pas d’illusion, il en sera de même pour le foot us ; ils ne se lanceront pas dans l’aventure avec l’idée de se comparer avec le reste du monde. D’ailleurs vous ne trouverez pas un mot sur le foot us international sur leur site Internet : l’IFAF ! Quésaco ? Juste une évocation de la  NFL et une petite présentation de la CFL ! ! !
L’EFLI sera pour les Indiens et leurs voisins, point barre ! Le caprice d’un pays qui veut se prouver qu’il n’a besoin de personne, qu’il est un marché à lui tout seul, capable de s’autosuffire  ! Mais aller penser qu’ils vont réussir avec le foot us ce qu’ils ont fait avec le cricket, en devenant la plus grande ligue du monde, cela sent un peu la mégalomanie. Espérons que cette impression ne sera pas le résumé de toute cette aventure footballistique. De toute façon, le seul risque est pour les quelques investisseurs utopistes ou visionnaires, l’histoire nous le dira assez vite. Si tout capote, cette expérience laissera forcement des vocations et d’autres reprendront le flambeau sous une autre forme. Que du bon donc !

Belette

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